BROOK (P.)


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BROOK PETER (1925- )

Peter Brook est né à Londres le 21 mars 1925. Metteur en scène depuis l’âge de dix-sept ans, il a monté ses premiers spectacles professionnels à Birmingham puis Stratford-sur-Avon et Londres, avant d’accéder à une carrière internationale. Il a réalisé sept films et s’est essayé à l’opéra, mais le théâtre reste son domaine d’activité majeur, avec plus de quarante mises en scène. Il a servi les auteurs contemporains, de l’avant-garde américaine à Dürrenmatt et au Peter Weiss de Marat-Sade (il tire un film de cette pièce en 1966), tout en restant très attaché à Shakespeare, qui lui a valu ses plus notables succès, et la fonction de codirecteur de la Royal Shakespeare Company. Son Roi Lear monté à Stratford (1962) a fait date dans le renouvellement de la mise en scène shakespearienne. Le public français, pour sa part, a été marqué par Le Songe d’une nuit d’été présenté à Paris (1972) et deux spectacles créés aux Bouffes du Nord: Timon d’Athènes (1974) et Mesure pour mesure (1978). Puis c’est L’Os (savoureux fabliau africain) et La Conférence des oiseaux (1979), tirée d’un récit qui joue un très grand rôle dans la mystique persane.

Peter Brook ne prétend pas être l’homme d’«un style». À ses débuts, il a exploré tous les genres scéniques, le boulevard compris. Il voulait avant tout produire de belles images et dessinait à cet effet décors et costumes, réglait les éclairages. Mais progressivement, son intérêt s’est détourné de la plastique pour se porter vers l’événement scénique, aventure éphémère vécue différemment par les acteurs et les spectateurs au fur et à mesure de l’évolution des sensibilités. Il a cherché à faire participer son travail de cette évolution, refusant d’étayer ses mises en scène sur une quelconque théorie figée, préférant une pratique «ouverte», constamment modifiable. Il reconnaît la valeur de deux voies théâtrales rarement conciliées avant lui, celle du «théâtre sacré» selon Artaud et celle de «théâtre brut» selon Brecht; il entend même les faire «coexister», mais toujours en les confrontant à la vie des gens, dans le lieu et l’instant où il monte un spectacle. Il s’en explique dans son ouvrage The Empty Space (Londres, 1968).

Le dépouillement, la lisibilité caractérisent le langage théâtral de Peter Brook, langage repensé en fonction de chaque lieu scénique nouveau. Depuis Le Roi Lear , il n’a cessé d’approfondir son ascèse, renonçant aux artifices du métier pour se concentrer sur le corps de l’acteur, à la recherche d’une expression non verbale. Plus que metteur en scène, il est d’ailleurs devenu chercheur à part entière.

En créant à Paris, en 1970, le Centre international de recherche théâtrale (avec Micheline Rozan), il s’est mis à expérimenter un autre type de communication avec le public. Il est allé rencontrer les gens là où ils vivent: dans un centre de délinquants, un foyer d’immigrés; il a tourné dans les villages africains, les universités américaines. La salle délabrée des Bouffes du Nord, mise à sa disposition en 1974 pour y fonder le Centre international de créations théâtrales, lui a permis de conduire plus loin sa quête spirituelle d’un théâtre de l’essentiel. Depuis, il a mené de pair des travaux d’atelier axés sur le «déconditionnement» de l’acteur, des tentatives de théâtre de rue et des spectacles remarqués pour l’économie des moyens scéniques, comme Les Iks (1975), Ubu (1977) ou encore L’Homme qui (1993).

En 1981, il signe aux Bouffes du Nord l’une de ses plus parfaites réussites: La Cerisaie . Là non plus pas de décor; juste les murs délavés et nus: c’est le théâtre lui-même, totalement investi, qui représente la vieille maison à l’abandon. Dans le dépouillement de cette épure le spectacle repose essentiellement sur le travail des acteurs. À eux de faire comprendre, sentir, vivre; de ramener le spectateur à l’essentiel de la cérémonie. Poursuivant cette même quête d’un «théâtre sans ombre», il monte en 1982, toujours aux Bouffes du Nord, La Tragédie de Carmen (dont il tirera un film), d’après l’opéra de Bizet, revisité en compagnie de Jean-Claude Carrière et de Marius Constant. La distribution, réduite aux personnages essentiels, et l’action, circonscrite aux temps forts de la nouvelle de Mérimée, détachent irrémédiablement l’œuvre des traditions de faux ors de l’opéra et de sa convention figée pour lui rendre sa première vérité, celle de la tragédie pure.

Le sens de l’œuvre de Peter Brook a peut-être été donné par Orghast , créé au festival de Persépolis (1971): le texte de Ted Hugues, par son syncrétisme mythique, semblait inscrire l’homme dans un cycle temporel qui dépasse l’histoire. En 1986, Peter Brook crée le Mah bh rata , spectacle en trois parties joué en trois soirées ou en une seule nuit, et adapté des textes indiens par Jean-Claude Carrière. L’histoire des dieux et des hommes de l’aube de l’humanité renaît sous les teintes rouges et safran des saris, des maquillages, et l’or des projecteurs. Dans une ancienne carrière située à quelques kilomètres d’Avignon, le crépuscule et l’aube rythmaient ainsi le début et la fin de l’histoire du monde. Repris au théâtre des Bouffes du Nord, le spectacle joué en anglais connut une carrière internationale et fut couronné de nombreuses distinctions.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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